Jorge Chaminé nous parle de Music4ROM

Tant comme musicien que comme pédagogue j’ai tenté depuis fort longtemps de cerner ce que nous pourrions peut-être considérer comme étant l’identité musicale européenne.

En avançant dans mon expérience, je me suis rendu compte que bien des racines venaient « d’ailleurs » et que l’histoire du continent européen n’était faite depuis des temps immémoriaux que de métissages, croisements, dialogues, mélanges de cultures et aussi parfois d’ardues confrontations artistiques et musicales, néanmoins porteuses de belle inspiration et créativité.

Européen convaincu, la musique m’incline à croire à ce beau réceptacle alchimique que représente l’Europe, enfantant « depuis toujours » des œuvres musicales si diverses qui resteront dans l’histoire humaine et dans la mémoire des hommes, comme de grandes réalisations et de beaux achèvements.

S’il fut un peuple qui plus que d’autres influença le devenir de la musique européenne, et qui porta dans ses sillons un sang nouveau et un beau souffle créatif, ce fut bien le peuple Rom ! (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1178403-music4rom-vous-ne-le-saviez-pas-mais-la-musique-classique-doit-beaucoup-aux-roms.html)

Or, cette vérité pour moi si évidente, n’était pas partagée par nombre de mes collègues et/ou élèves et c’est ainsi que depuis de très nombreuses années j’ai pris – tout seul d’abord – mon bâton de pèlerin pour commencer à propager, à divulguer cette évidence et ses conséquences sur la fraternité européenne.

Ma conviction était qu’une grande injustice était faite au peuple Rom.

Marianne Poncelet, vice-présidente exécutive de la IYMF, m’a, la toute première, suivi et cela au-delà de mes espérances. C’est ainsi que j’ai pu durant 2014, à l’intérieur du projet Music4Rom qui est soutenu par l’UE, réaliser cette première rencontre entre musiciens Rom et non-Rom et ce autour de la musique classique européenne et la musique Rom, qui a tant influencé la première.

Grâce au large concours des professeurs que sont David Benko, Carlo Dumont, Aurea Mustatea et des musiciens Rom Paco Suarez, Roberto de Brasov et Ludovit Kovac, seize musiciens invités à Paris venus d’Espagne, d’Italie, de Roumanie et de Slovaquie (8 Rom et 8 non Rom) se sont, sous mon impulsion, réunis durant une semaine au Collège d’Espagne de la Cité Internationale Universitaire de Paris.

Nous avons ensemble travaillé, réfléchi, à la relation et à la liaison si intense, ancienne et profonde existant entre la musique Rom et la musique européenne classique, ainsi que le flamenco, le Jazz et la musique populaire.

Durant cette semaine de travail, de fraternité musicale, de jeunes musiciens aux carrières internationales déjà affirmées ce sont joints à nous comme élèves durant deux journées. Il s’agit de la soprano Léa Sarfati, les pianistes Etsuko Hirosé et Antoine de Grolée, ainsi que le chœur de chambre Temperamens Variations, Thibault Lam-Quang et quelques autres.

Leur professionnalisme reconnu a été bénéfique pour les jeunes élèves invités durant la semaine et ces rencontres ont donné lieu à des échanges féconds entre tous ces jeunes artistes issus de pays différents.

L’immense succès que cette semaine  de travail a remporté, a dépassé toutes nos espérances. (Aussi sur les réseaux sociaux où cela a été relayé en live et où l’impact fut grand durant des semaines)

Ce travail intense a trouvé une belle récompense aussi auprès d’un public venu très nombreux durant toute la semaine.

Une salle comble, où nombreux furent ceux debout ou assis à même le sol, jusque dans la cour d’honneur du Collège d’Espagne comble elle aussi, le public à l’extérieur profitant des portes fenêtres ouvertes sur la salle de concert.

Le dernier jour, durant le concert de clôture (et quelle belle récompense cela fut pour nous tous) tout ce public durant près de quatre heures – sans entracte – a vibré à l’unisson avec cette musique, avec les musiciens et comme un seul homme, dans un bel élan de fraternité, s’est levé pour chanter avec nous l’hymne Rom : « Djelem, djelem ».

A l’issue de ce grand moment d’émotion, de communion, de partage, faisant suite à une semaine déjà intense, une spectatrice Rom les larmes aux yeux, m’a embrassé en me disant : « Merci – je suis fière d’être Rom » (cette dame avait à cet instant retrouvé son trésor intérieur)

A ce moment ce rêve que je porte en moi depuis si longtemps a trouvé son aboutissement et j’ai su que j’avais eu raison de vouloir à travers la musique Rom contribuer à la fierté qui est à retrouver par ce peuple.

Vouloir informer le public de la contribution importante de la musique Rom à la musique dans le monde, est donc une juste mission et cette semaine de COMMUNION MUSICALE que notre Maître Yehudi Menuhin aurait aimée, est donc un projet juste.

Joseph Kessel disait : « On peut toujours plus que ce que l’on croit pouvoir faire ».

Avec Art Activ, European Roma Information Office, ETP Slovensko, The Mosaic Art and Sound Ldt, Mus-e Napoli, Sons-croisés, Union Romani sous la direction de la fondation Yehudi Menuhin et avec le support de l’UE, nous allons nous employer à continuer à œuvrer dans ce sens, afin de donner dans notre modeste domaine LA MUSIQUE, un souffle vital si nécessaire à la fraternité européenne.

Nous pensons en effet qu’il faut espérer trop pour oser assez.

La mission que nous nous sommes fixée est humble mais ce sont toujours les petits sentiers qui mènent vers les hauteurs…..

J’espère avoir pu partager avec vous ce qui nous anime pour relier les hommes entre eux, et en ce qui nous concerne aujourd’hui par cette reliance qui est à faire dans l’esprit des peuples entre la musique Rom et les autres musiques, notamment européennes.

De beaux projets verront le jour aussi en 2015 en continuation de ce que nous avons entrepris l’année dernière. Nous continuerons à vous tenir informés régulièrement des petits sillons qui deviendront chemin, que nous aurons pu tracer.

Jorge Chaminé.

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